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Sud Lipez, une journée à couper le souffle

Samedi 16 Mars 2019, elle commence tôt la journée. A 5h Cyriaque, Gaspard et moi organisons une expédition "pipi" pour être les premiers à profiter des toilettes propres !!! Une heure plus tard c'est le réveil officiel, un petit déjeuner vite avalé et on saute dans les voitures, vivifiés par le froid matinal.

La première étape nous fait râler. Notre guide nous annonce tout content qu'il va nous montrer un enclos à lamas. Youpi ! On n'aime pas trop être pris pour des touristes, nous sommes des voyageurs nous ! On traîne la patte mais au bout de cinq minutes on craque tous pour la bouille de ces camélidés ! En plus nous sommes seuls à profiter de notre enclos. Alors on se lâche sur les onomatopées pour essayer d'attirer l'attention des lamas les plus boudeurs !  Ils sont tellement mignons avec leurs pompons colorés. Aloys garde quand même ses distances et ne fait pas trop le malin, il a trop peur de se faire cracher dessus comme le Capitaine Haddock !

On a du mal à remonter en voiture mais la route est longue et pleine de promesses. Hernan nous annonce le programme, enchaine les noms de lagunes, nous parle de désert, de peintre, de volcans, de pique-nique, de terre qui fume, de flamants. On frétille à l'arrière du 4x4.

Laguna Hedionda

Laguna Hedionda est saumâtre comme toutes les lagunes du Lipez. La couleur est donnée par les minéraux et les algues. Un bon bol d'air matinal sans un souffle de vent. On respire à fond pour tenter de contrer un mal de tête qui pointe.

Laguna Salada

Inutile de traduire, la lagune suivante est riche en borax ce qui crée une pellicule blanche et salée sur des eaux saturées en nutriments, le régime parfait pour les flamants.

La nuit fût froide, l'eau gelée s'en souvient mais ça ne dérange pas Aloys, enfant d'une île tropicale la glace le fascine !

Le lieu invite à la contemplation, grandeur, silence, respect à 4400 m d'altitude.

Laguna Chalviri

Plus on avance plus le paysage est spectaculaire. La Laguna Chalviri apparait comme un mirage. Je suis plus que frustrée de ne pas avoir la possibilité de m'arrêter où je veux et quand je veux pour en profiter et prendre des photos malgré la gentillesse et la patience d'Hernan qui s'arrête à chaque fois que je le lui demande. Mais je n'ose pas abuser. Et j'ai l'impression de passer à côté de cet endroit splendide, incroyable, isolé, spectaculaire. C'est le revers de la médaille, on le savait mais c'est dur et notre liberté nous manque, on regrette Philéas.

Le but de notre guide ce matin est de nous conduire jusqu'aux sources d'eaux chaudes de la laguna Chalquiri, les thermes de Polques, pour une baignade délassante (et payante ! normal !). Franchement, se tremper dans un bassin qui sert de baignoire à tous les voyageurs n'ayant pas eu la possibilité de prendre des douches les jours d'avant me répugne ! Mais Aloys s'en fiche royalement et papote avec tous les touristes qui se décrassent car les 4x4 des autres agences arrivent et remplissent vite les deux bassins . On aura du mal à le faire sortir de cette eau à 38°. Il ne fait pas si froid dehors, le rhabillage n'est pas trop difficile, le soleil réchauffe vite.

Desierto de Dali

La piste continue, on entre dans un désert surnommé "désert de Dali" car il ressemblerait à un tableau du peintre. Merveille de couleurs chaudes en dégradé, de dunes de sable, de cailloux posés là et alignés par la main d'un géant minutieux tout ça noyé dans un ciel d'une extraordinaire pureté. A 4750 m on en a le souffle court.

Laguna Blanca et Laguna verde

Et plus on se rapproche du Chili, plus les sens s'affolent devant la parfaite harmonie qui se dégage de ces endroits hors de tout. Et pourtant San Pedro de Atacama n'est qu'à 70 km de l'autre côté de la Cordillère.

La Laguna Blanca s'anime, traversée par un troupeau de vigognes dont on ne sait si elles dansent sur le sel ou la neige.

Elle s'unit presque à la Laguna Verde posée au pied du volcan Licancabour qui semble tout petit tellement nous sommes haut !

Moments forts à partager en silence devant ce lac turquoise balayé par le vent glacial d'altitude.

Les émotions creusent, le petit déjeuner est très loin, la tête explose mais on s'arrête enfin à l'abri d'une antique coulée de lave pour un pique-nique orchestré d'une main de maître par les cuisinières et rapidement dressé dans le coffre des voitures. On sympathise avec les occupants du second 4x4x, deux jeunes Suissesses abordées par Aloys la veille et un couple de Bolivien. Mon mal de tête se calme un peu à grand renfort de tisane de pupusa.

Heureusement car la journée est loin d'être terminée. Il faut faire demi-tour, repasser par les thermes de Polques et poursuivre vers le nord en grimpant toujours plus en altitude. Le Lipez ça se mérite vraiment !

Sol de Mañana

Et c'est à près de 5000 m d'altitude que se dévoile le champ géothermique de Sol de Mañana, une merveille de la nature avec ses cratères bouillonnants d'acides divers. Très dangereux ceci dit, entre les mares on peut vite perdre l'équilibre et à certains endroits la terre humide et fumante peut céder sous nos pieds. Aloys reste dans la voiture. Un touriste a perdu la vie ici il y a quelques jours à peine ce qui ne semble émouvoir personne, les consignes de sécurité sont inexistantes ... mais l'endroit est fascinant.

Laguna Colorada

Hernan nous ballade en hors piste se jouant des obstacles, avale les kilomètres avec maitrise et douceur, nous sommes admiratifs de sa connaissance du terrain. Le paysage verdit un peu et au loin, en bas, dans une brume légère, apparait la dernière lagune de cette journée folle, la Laguna Colorada. On redescend à 4200 m pour approcher ce paradis des flamants.

Une lagune rose intense, très peu profonde, 35 cm en moyenne, entourée de volcans, peuplée de milliers de flamants, encore un décor irréel en cette fin de journée. On oublie la fatigue pour se laisser envahir par un sentiment de bonheur intense, étourdis par tout ce que nous avons eu la chance de voir aujourd'hui, époustouflés, émerveillés, heureux.

Le gîte de ce soir est encore plus rustique que celui de la veille et bien moins propre. Mais la soupe réconfortante de Fabiola et une intense fatigue nous font oublier les mauvais côtés. Les images de la journées défilent et c'est en grelottant mais avec le sourire que nous sombrons tous en même temps sur nos sommiers en ciment.