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Sur les Cerros de Valpo

Vendredi 8 Février 2019, brume encore ce matin sur le Pacifique. Pas de réseau au camping, nous nous posons une petite heure au bord de la plage de Laguna Verde pour avoir un brin de connexion avant de refaire les 15 km vers Valparaiso.

Nul doute qu'avec Tata Alberto et Tio Pedro la pêche sera bonne ...

Elle le fût. On achète des palourdes splendides.

Une fois Philéas retourné à sa place auprès de la baraque à frites, nous pouvons reprendre nos balades sur les Cerros. Les Cerros c'est le calme opposé au brouhaha d'en bas, du Plan, le centre-ville, délabré, sale, bruyant, quelques rues coincées entre un bord de mer (abimé par le chemin de fer qui lui passe devant) et les pieds des collines. Chaque cerro possède son identité, sa vie. Les habitants se définissent selon le cerro qu'ils habitent et en sont fiers. Les constructions les plus anciennes se trouvent sur les cerros près du port, les premiers occupés une fois le Plan saturé.

Nous ne les ferons pas tous, le but est plutôt de se laisser porter par le hasard, de sauter d'un cerro à l'autre au gré des pas, des escaliers, des passages, des funiculaires. Vamos.

Cerro Cordillera

Premier sur notre chemin, l'ascensor Cordillera nous emmène dans un quartier bien tranquille avec vue éloquente sur les constructions du Cerro d'en face. Un escalier permet d'éviter de prendre le funiculaire mais c'est plus sympa de se faire hisser par les vieux rouages. Là-haut pas trop de dessins sur les murs, ce sont les façades qui font le spectacle.

En redescendant l'escalier on entre dans une vieille boulangerie mais il n'y a déjà plus grand choix. Les Chiliens aiment le pain. Le plus connu est un petit pain rond avec des petits trous dessus. Quand il est fait maison il s'appelle "pan amasado". Il y a aussi un genre de petit pain un peu feuilleté souvent servi en version mini dans les restos, des pains plus classiques, des pains de mie, des pains au lait. C'est largement plus varié qu'en Argentine et ils sont souvent très bons. Parfait pour un petit creux.

Cerro Concepcion et Cerro Alegre

On reprend l'Ascensor Reina Victoria pour sauter sur le Concepcion qui avec Alegre forment les Cerros touristiques aux belles maisons pour la plupart rénovées et entretenues, beaucoup transformées en hôtels ou maisons d'hôte, en boutiques ou restaurants. Malgré deux ou trois rues très fréquentées l'ambiance est agréable, on joue sur des montagnes russes. Gravir l'Everest pour redescendre aussitôt de quelques degrés, remonter la pente, se faufiler dans des passages secrets, de temps en temps crier "océan droit devant" lorsque la baie apparait en haut d'un escalier puis disparait à peine touchée des yeux. On  perd le fil du temps, on ne compte plus les pas, on se laisse vivre, vie de bohème, glisser dans une bonne humeur de couleurs.

Ascensor el Peral

On ne sait pas trop comment en montant notre énième escalier de la journée on ressort du passage Bavestrello pour une plongée en mode Art Déco. Palacio Baburizza en vert et blanc, musée des Beaux-Arts. Palacio Astureca en rouge et blanc, hôtel chic et classe. Valparaiso s'embourgeoise, se pare de tours et de pignons avec vue sur mer. Le funiculaire El Peral nous redescend vite les pieds sur terre.

En bas, El Plan

Niveau zéro, el Plan, un peu de tout mélangé. Charme et décadence. Valaparaiso s'est endormie sur ses lauriers et ne s'est pas encore réveillée. UNESCO elle a besoin de toit... On marche, encore et encore en fronçant beaucoup le nez... Tout droit nous attend Philéas. Une pause avant de mieux repartir vers les hauts, vers le vent qui chasse les odeurs vers le large.

Cerro Artilleria

A quelques mètres de la baraque à frites, l'ascensor "dans son jus". Funiculaire d'époque, 1893 !  ça grince ! ça couine! ça fait un peu crier les Chinois dedans, c'est pour dire ! Mais tout ça plutôt que de grimper à pied la raideur d'Artilleria. Jadis à son sommet l' École Navale, à son pied, les apprentis marins toujours en retard. L'ordre fût rétabli grâce à l'ascenseur construit à cet effet !

De là-haut se révèle la baie de Valpo. Aujourd'hui elle ne fait plus rêver les marins du monde entier, les courageuses goélettes ont été remplacées par un incessant ballet de cargos et de grues déchargeant la vie nécessaire au Chili qui doit tout importer. Il reste peu de place pour les bateaux infiniment petits qui veulent voguer sur l'océan infiniment grand.

Le soir rafraichit les pavés propices aux derniers pas de farniente, on ne s'en prive pas.  Cours improvisé de cerf-volant, un carré de plastique adroitement lancé dans le courant. Aloys tient le fil mais aussi la jambe des deux chicos qui s'entrainent pour un futur duel.

Deux vieux fauteuils face à face dans la luminosité adoucie par la fin du jour et c'est toute l'âme de Valparaiso mise à nue.

Poème pour les yeux, "La maison des Quatre Vents". Sentinelle entre deux mondes qui cohabitent dans un joyeux désordre. Elle marque l'heure de la redescente par une ruelle abrupte qui cogne les mollets. Nous, la tête au soleil, Philéas, déjà dans la pénombre, on jette un dernier coup d’œil un peu voyeur, un peu envieux, un peu étonné encore, sur les secrets des Porteños ancrés sur les Cerros.

La joie dans la simplicité, la gaité dans l'humilité , la beauté dans les imperfections ?

Hasta luego Valparaiso, notre vallée aux accents de paradis presque perdu. On la quitte à regret avant d'être trop envoûtés. Elle était un rêve ... elle l'est encore ...

Et à Valparaiso ce sont encore les murs qui ont le dernier mot.